Moi, devenir sainte ? Entre baskets, couches et jouets

Entre nuits écourtées, devoirs et patience parfois à bout, Dieu nous appelle aussi à la sainteté. Un regard de foi et d’humour sur la vie familiale, où apprendre à aimer commence parfois par demander pardon.

Ana Paula Morales (Poli)

11/2/20265 min temps de lecture

Entre jeux, soins aux enfants et course quotidienne, la vie familiale peut elle aussi devenir un chemin de sainteté. Illustration générée par intelligence artificielle pour « Entre prières et course quotidienne », une chronique d’Ana Paula Morales publiée dans Press Crux.

J’ai étudié la théologie. Mes enfants, sans même connaître le programme, se chargent des épreuves pratiques. Surtout en matière de patience. L’évaluation est continue, les questions arrivent généralement par trois et les demandes de pause pour consulter la bibliographie sont systématiquement rejetées.

Entre biberons, couches, travail et jouets qui surgissent sous nos pieds, une mère peut se demander quand elle trouvera le temps de devenir sainte. Surtout après avoir passé la moitié de la matinée à chercher sa patience et une chaussure d’enfant : deux choses qui réapparaissent rarement en même temps. Un père se posera peut-être la même question entre les factures et un exercice qui commence par « Papa, c’est super facile » et finit par lui faire reconsidérer l’ensemble de son parcours scolaire. Un jeune pourra remettre la sainteté à l’après-partiels. Mais, à regarder le calendrier, mieux vaudrait sans doute commencer avant la remise du diplôme.

La question est plus profonde qu’il n’y paraît : comment notre vie, si ordinaire et parfois si désordonnée, peut-elle s’ouvrir à la vie de Dieu ?

Le concile Vatican II répond dans Lumen gentium, n° 40 : l’appel à « la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité » s’adresse à tous les fidèles. Le même passage explique que nous avons reçu au baptême une sainteté que nous sommes appelés à faire fructifier. Voilà le fondement théologique : Dieu prend l’initiative, nous communique sa vie et nous invite à lui répondre librement. En termes courants, la sainteté commence par un don que nous pouvons accueillir aujourd’hui, même si le linge attend encore d’être plié.

Le mot « perfection » peut nous inquiéter. Nous subissons déjà suffisamment la pression des photos de familles souriantes au petit déjeuner, habillées et bien coiffées, pendant que, chez nous, quelqu’un mène d’âpres négociations avec une chaussette. Mais le Concile parle de perfection dans la charité : l’amour de Dieu et du prochain qui transforme progressivement notre manière de vivre. Une maison bien rangée, c’est appréciable. Savoir demander pardon aussi, avec des effets autrement plus profonds.

Comme mère, il m’arrive de prier entre deux obligations et de voir la fatigue mettre à nu toute mon impatience. Je me promets de parler avec douceur, jusqu’au cinquième « Maman ! » en trente secondes, qui me révèle des possibilités vocales jusque-là insoupçonnées. Il faut alors respirer, demander pardon et recommencer. J’aimerais offrir à Dieu une matinée de patience exemplaire ; je finis parfois par lui offrir un repentir très sincère.

Cela nous conduit à une distinction nécessaire : reconnaître notre fragilité peut nous ouvrir à la grâce ; en faire une excuse permanente nous laisse sur place. Si j’ai crié, je peux réparer, écouter et chercher comment mieux répondre la prochaine fois. La conversion entre aussi dans la maison en disant : « Pardon, je n’aurais pas dû te parler comme cela. » Les enfants comprennent généralement beaucoup mieux cette phrase que nos explications sur les raisons parfaitement légitimes pour lesquelles nous étions au bord de l’explosion.

Lumen gentium, n° 11, enseigne que les époux s’aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale et l’éducation des enfants. Cela suppose que chacun s’engage : écouter, partager les responsabilités, remercier et remarquer quand l’autre a besoin de souffler. Un « Je m’en occupe » effectivement suivi d’effet peut exprimer beaucoup d’amour. Lorsqu’il est aussitôt oublié, une conversation conjugale s’impose peut-être, avant qu’il ne devienne nécessaire de créer une commission de suivi.

Le pape François traduit cet enseignement en scènes familières dans Gaudete et exsultate, nos 14–16 : le mariage, le travail et l’éducation des enfants sont des lieux où répondre à Dieu. Parmi ses exemples figure une mère qui écoute son enfant malgré la fatigue. On imagine cette conversation au moment précis où nous commencions à négocier mentalement avec notre oreiller. Écouter devient alors une décision d’amour : faire une place dans notre vie à quelqu’un qui a besoin de notre présence.

Sainte Thérèse de Lisieux a compris cette profondeur des petits gestes. « Je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté », écrit-elle dans Histoire d’une âme, comme le rappelle François dans C’est la confiance, n° 15. Le document raconte aussi les soins qu’elle apportait à une sœur malade au caractère difficile (nos 36–37). La charité s’apprend auprès de personnes réelles, qui ont leurs besoins, leurs horaires et leurs opinions. En famille, les sujets d’étude ne manquent pas.

La « petite voie » de Thérèse repose sur la confiance en Dieu et la primauté de sa grâce, comme l’explique la même exhortation aux nos 17–21. Nos efforts répondent à un amour déjà reçu. Nous pouvons demander de l’aide pour changer une habitude, persévérer dans une responsabilité ou prendre soin de quelqu’un. Également pour accepter que nous avons besoin de dormir : même une mère formée en théologie demeure une créature, avec ses limites.

Au travail, la réponse prend d’autres formes : agir honnêtement, rémunérer justement, reconnaître ses erreurs et respecter le temps des autres. Il s’agit aussi d’apprendre à fermer l’ordinateur pour rentrer chez soi autrement qu’en présence purement physique. La famille remarque assez vite que nous sommes encore mentalement en réunion avec des gens qui, de surcroît, ne participent même pas à la préparation du dîner.

Les jeunes ont leurs propres occasions d’aimer. Dans son homélie pour la canonisation de saint Carlo Acutis et de saint Pier Giorgio Frassati, Léon XIV les a invités, tout particulièrement, à orienter leur vie vers le haut et à en faire un chef-d’œuvre. Cette réponse peut commencer en défendant quelqu’un dans une conversation de groupe, en étudiant honnêtement ou en faisant sa part d’un travail collectif. Surtout lorsque le groupe semble avoir confondu la communion des saints avec le fait de laisser une seule personne travailler pendant que les autres en recueillent les bénéfices.

À la maison, les enfants peuvent eux aussi apprendre à prendre soin des autres : aider sans transformer chaque demande en négociation internationale, reconnaître un mensonge ou écouter un frère ou une sœur. Grandir dans l’amour suppose de découvrir que les autres ont des besoins, même lorsqu’ils ne coïncident pas avec nos projets.

Sainte Teresa de Calcutta l’exprimait ainsi : « La sainteté n’est pas le luxe de quelques-uns, mais un simple devoir pour vous et pour moi » — traduction d’un texte en anglais publié par le Saint-Siège. Ce « vous et moi » nous concerne personnellement, avec notre nom, notre famille, notre travail et nos circonstances.

Pour soutenir ce chemin, Lumen gentium, n° 42, indique la Parole de Dieu, les sacrements, la prière et le service du prochain. Nous avons besoin de nous nourrir de la vie du Christ pour grandir dans son amour. L’Eucharistie, la confession et les moments de prière ont leur place dans notre emploi du temps précisément parce que nous avons besoin de la grâce pour le vivre. Et de discernement pour le modifier lorsqu’il ne laisse plus personne respirer.

Moi, devenir sainte ? Oui, moi aussi, j’y suis appelée. Avec mes études, mon impatience, mes baskets près de la porte et les couches qu’il reste à changer. Aujourd’hui, je peux prier : « Seigneur, apprends-moi à recevoir ton amour et à le partager avec ceux que tu as placés sur mon chemin. »

Puis partir à la recherche de la chaussure. Elle est peut-être sous le canapé. Pour la patience, il faudra continuer à la demander.

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