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Mexique : la disparition d’un prêtre laisse toute une communauté dans l’angoisse, témoigne une responsable de l’AED
Alors que les recherches se poursuivent pour retrouver le père Clemente Morales Topete, disparu dans l’État mexicain de Sinaloa, Marcela Szymanski, de l’Aide à l’Église en Détresse, explique à Press Crux comment l’absence d’un prêtre peut bouleverser toute une communauté. Entre inquiétude et incertitude, les fidèles gardent l’espoir de le retrouver vivant.
ENTRETIEN | ÉGLISE AU MEXIQUE
Ana Paula Morales (Poli)
10/27/20268 min temps de lecture


Légende photo : Avis de recherche du père Clemente Morales Topete, vu pour la dernière fois le 24 octobre 2026 à Culiacán, au Mexique. Crédit : Commission de recherche des personnes disparues de l’État de Sinaloa.
MEXICO — « C’est véritablement une perte essentielle au cœur d’une communauté. » C’est en ces termes que Marcela Szymanski décrit le vide que peut laisser la disparition d’un prêtre, particulièrement dans les régions où les familles trouvent auprès de lui bien davantage qu’un accompagnement spirituel : une écoute, un soutien moral et parfois une aide indispensable pour faire face aux difficultés du quotidien.
À cette absence s’ajoute pourtant une espérance tenace, celle de le revoir un jour.
Dans un entretien accordé à Press Crux, Marcela Szymanski, responsable du plaidoyer international au sein de la fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), revient sur les conséquences humaines et sociales de telles disparitions, alors que les recherches se poursuivent pour retrouver le père Clemente Morales Topete, curé de la paroisse Cristo Resucitado (Christ ressuscité), située dans le quartier de La Campiña, à Culiacán, dans l’État de Sinaloa, au nord-ouest du Mexique.
Âgé de 67 ans, le prêtre a été aperçu pour la dernière fois le samedi 24 octobre 2026, vers 16 heures, dans le quartier résidentiel de Montebello, après s’être rendu à une consultation médicale.
Au 26 octobre, aucune information ne permettait encore de déterminer où il se trouvait. Les autorités poursuivaient leurs investigations.
Une disparition qui bouleverse la vie quotidienne
Pour Marcela Szymanski, le rôle d’un prêtre revêt une importance particulière dans les petites communautés confrontées à la pauvreté et à l'insuffisance des services publics.
Dans ces territoires, il est souvent l’un des premiers interlocuteurs vers lesquels se tournent les familles lorsqu’elles ont besoin de médicaments, cherchent de l’aide face à une urgence ou souhaitent simplement trouver une oreille attentive.
Pour rendre compte de cette diversité de responsabilités, elle compare la disparition d’un prêtre à la perte simultanée de plusieurs figures essentielles : « du maire, du juge, de celui qui leur apportait du réconfort, de celui qui pouvait obtenir des médicaments ».
Derrière cette énumération se dessine une réalité qui dépasse largement le cadre de la vie paroissiale. Le ministère sacerdotal peut aussi comprendre l’aide matérielle, la médiation dans les conflits et l’accompagnement de personnes auxquelles les institutions ne parviennent pas toujours à répondre.
Lorsqu’un prêtre disparaît, ce sont ainsi des années de confiance et de relations humaines qui se trouvent brutalement fragilisées.
Selon la responsable de l’AED, les conséquences peuvent également toucher au sentiment de sécurité des habitants. Dans les communautés où des responsables religieux ont été victimes de violences, certaines familles en viennent à redouter ce qui pourrait leur arriver, à elles ou à leurs enfants.
Cette peur peut aller jusqu’à provoquer des départs, contraignant des habitants à abandonner leur foyer et leurs moyens de subsistance.
Marcela Szymanski évoque ici les répercussions générales des violences visant les responsables religieux. Dans le cas du père Clemente Morales Topete, les circonstances de sa disparition restent à établir par les enquêteurs.
L’espérance, malgré les années d’attente
Forte de l’expérience acquise par l’AED auprès de communautés confrontées à des enlèvements prolongés de religieux en Afrique et au Moyen-Orient, Marcela Szymanski insiste sur la force de la prière et sur la persistance de l’espérance.
Même lorsque les années passent, explique-t-elle, les communautés « gardent fermement l’espoir qu’un jour il réapparaîtra ».
Elle cite notamment le cas du père Paolo Dall’Oglio, jésuite italien disparu le 29 juillet 2013 à Raqqa, en Syrie.
Marcela Szymanski confie connaître des membres de sa famille installés en Belgique qui continuent d’attendre son retour.
Vatican News a consacré plusieurs articles à la disparition du religieux, ainsi qu’aux commémorations organisées par l’Église pour entretenir sa mémoire.
Ce témoignage révèle ce que signifie vivre pendant des années dans l’incertitude. La place de l’absent demeure, la prière se poursuit et le besoin de connaître la vérité ne s’éteint pas.
À Culiacán, cette attente s’exprime déjà au sein de la paroisse Cristo Resucitado. Le lundi 26 octobre, des fidèles se sont rassemblés devant le siège du gouvernement de l’État de Sinaloa. Ils y ont déposé des bougies et prié pour que leur curé soit retrouvé vivant.
Une paroissienne a raconté à Meganoticias que le père Clemente devait célébrer la messe après avoir quitté une clinique, mais qu’il n’était jamais arrivé à l’église.
Ce témoignage fait partie des éléments rendus publics concernant les dernières activités connues du prêtre.
« Nous sommes inquiets et prions pour qu’il soit retrouvé vivant »
Le 26 octobre, l’agence Associated Press a fait état de la disparition du père Clemente Morales Topete à Culiacán.
Dans une mise à jour de sa dépêche, l’agence indiquait que des équipes de renseignement et de sécurité participaient aux opérations de recherche.
Associated Press rapportait également les propos du père Saúl Norzagaray, porte-parole du diocèse de Culiacán, qui évoquait des « moments critiques, difficiles » et exprimait l’inquiétude des responsables diocésains, unis dans la prière pour que le curé soit retrouvé vivant.
La Conférence de l’épiscopat mexicain (CEM) a, de son côté, exprimé sa solidarité avec Mgr Jesús José Herrera Quiñónez, évêque de Culiacán, ainsi qu’avec la famille du prêtre et l’ensemble de sa communauté paroissiale.
« Nous demandons aux autorités compétentes d’accomplir leur devoir et de contribuer à retrouver au plus vite le père Clemente », ont déclaré les évêques dans un communiqué.
L’épiscopat a également invité les médias, les paroisses et les citoyens à diffuser l’avis officiel de recherche et à transmettre toute information susceptible de faire avancer l’enquête.
Le diocèse de Culiacán a indiqué avoir activé ses procédures institutionnelles et saisi les autorités compétentes.
La Commission de recherche des personnes disparues de l’État de Sinaloa a publié un avis de recherche portant la référence RZC-0993-2026.
Les autorités fédérales mobilisées
Le sous-secrétaire mexicain à l’Intérieur chargé des droits humains, Arturo Medina Padilla, a confirmé l’ouverture d’une enquête judiciaire et la coordination des commissions nationale et régionale de recherche dans le cadre d’une alerte diffusée à l’échelle du pays.
Selon ses déclarations rapportées par le quotidien Excélsior, des agents de la Commission nationale de recherche se trouvent à Culiacán. Le parquet fédéral mexicain et la Garde nationale participent également aux opérations.
L’objectif prioritaire des autorités est de retrouver le prêtre vivant.
La gouverneure de l’État de Sinaloa, Graciela Domínguez Nava, a assuré que les recherches se poursuivaient et que le responsable de la sécurité publique demeurait en contact avec l’évêque.
D’après le média Ríodoce, elle a toutefois reconnu ne pas disposer d’informations suffisamment précises pour expliquer les circonstances de la disparition.
Au Mexique, des violences documentées contre les prêtres
La disparition du père Clemente Morales Topete intervient dans un pays où les violences visant des membres du clergé catholique sont régulièrement documentées.
La disparition du père Clemente Morales Topete s’inscrit dans un contexte national marqué par l’ampleur des disparitions de personnes au Mexique. Selon les données du Registre national des personnes disparues et non localisées (RNPDNO), analysées par l’organisation Data Cívica, 133 788 personnes étaient toujours portées disparues ou demeuraient introuvables au 16 août 2026. Ce chiffre, issu d’un registre recensant des cas depuis 1952, témoigne de l’ampleur d’une crise qui laisse des milliers de familles dans l’attente et la recherche de leurs proches. Les données évoluent au fil des nouveaux signalements et des personnes retrouvées.
Dans son rapport annuel 2025, le Centro Católico Multimedial (CCM), organisme mexicain qui recense notamment les agressions contre les religieux, fait état de 13 prêtres assassinés entre 2018 et 2025.
Le document mentionne également trois prêtres toujours portés disparus à la clôture du rapport : Santiago Álvarez Figueroa, depuis décembre 2012 ; Carlos Órnelas Puga, depuis novembre 2013 ; et Francisco Núñez Martínez, depuis février 2025.
La disparition du père Clemente est postérieure à cette période de référence.
Un nouveau décompte du CCM, diffusé en septembre 2026 et relayé par le média mexicain N+, faisait état de quatre prêtres assassinés depuis octobre 2024 : Marcelo Pérez Pérez, Bertoldo Pantaleón Estrada, Ernesto Baltazar Hernández Vilchis et Román de la Cruz Hernández.
Ces deux bilans couvrant des périodes qui se recoupent partiellement, leurs chiffres ne peuvent être additionnés.
Parmi les affaires les plus médiatisées figure l’assassinat du père Marcelo Pérez, survenu en octobre 2024 à San Cristóbal de las Casas, dans l’État du Chiapas, après la célébration de la messe dominicale.
Dans une dépêche publiée le 20 octobre 2024, Reuters rappelait son engagement auprès des communautés autochtones et relayait les préoccupations du bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme au Mexique, qui avait signalé les menaces et agressions dont le religieux avait fait l’objet.
Ce meurtre constitue un précédent distinct de l’affaire du père Clemente, dont la disparition fait toujours l’objet d’une enquête.
Dire la violence avec justesse, accompagner ceux qui attendent
Au-delà de la mobilisation actuelle, Marcela Szymanski appelle les médias à une plus grande précision dans leur manière de rendre compte des violences commises contre les responsables religieux.
Lorsqu’un assassinat est établi, estime-t-elle, il importe de le désigner comme tel, plutôt que de recourir à des formulations neutres évoquant simplement un décès.
« Il faut employer les mots justes », insiste-t-elle.
Évoquant les meurtres de responsables religieux, elle considère que ces crimes peuvent produire « les effets d’un acte terroriste », en raison de la peur qu’ils suscitent et de la désorganisation sociale qu’ils peuvent entraîner.
Cette appréciation porte sur les conséquences des violences visant les figures religieuses. Elle ne constitue pas une qualification des faits concernant le père Clemente Morales Topete, dont la disparition reste inexpliquée et fait toujours l’objet d’investigations.
Pour sa famille et ses paroissiens, l’urgence demeure de le retrouver.
À Culiacán, la communauté continue de prier et de demander des réponses. Une attente douloureuse, portée par cette espérance que Marcela Szymanski dit retrouver chez ceux qui refusent de renoncer au retour d’un proche disparu :
« Un jour, il réapparaîtra. »
Toute personne disposant d’informations sur le lieu où pourrait se trouver le père Clemente Morales Topete est invitée à contacter la Commission de recherche des personnes disparues de l’État de Sinaloa au +52 667 184 1256, ou à composer le 911 depuis le Mexique.


Marcela Szymanski, responsable du plaidoyer international au sein de la fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED).


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