Bob Fu appelle à permettre aux chrétiens de Chine de pratiquer leur foi selon leur conscience

Dans un entretien accordé à Press Crux, le fondateur de ChinaAid partage des témoignages et des propositions pour accompagner les chrétiens de Chine. L’écoute des communautés, la liberté de conscience et la communion avec Rome sont au cœur d’une réalité que le Saint-Siège aborde par le dialogue pastoral.

ENTRETIEN | L’ÉGLISE EN CHINE

Ana Paula Morales (Poli)

11/6/20266 min temps de lecture

Façade de la cathédrale de Xishiku, à Pékin, en Chine, également connue sous le nom de Beitang ou d’église du Sauveur. L’édifice associe une architecture gothique à des pavillons de style traditionnel chinois. Photo : 7 (@4000km) / Unsplash.

Pour le révérend Bob Fu, la liberté de célébrer la messe, de former les prêtres et de transmettre la foi aux enfants a des visages concrets. Dans ses réponses écrites à Press Crux, le fondateur et président de ChinaAid évoque des évêques, des familles et des communautés qui souhaitent vivre leurs convictions religieuses sans crainte.

« L’Église doit conserver une autorité décisive en matière de discernement, de nomination et de gouvernement pastoral », affirme le pasteur protestant dans cet entretien daté du 6 novembre 2026.

Fort de son expérience à la tête d’une organisation qui recueille des signalements de persécutions religieuses, Bob Fu appelle à écouter directement les communautés et à prendre en compte les conditions quotidiennes dans lesquelles leurs pasteurs exercent leur ministère. Son appréciation de l’accord entre le Saint-Siège et la Chine est critique, mais il reconnaît des avancées institutionnelles et propose des garanties concrètes.

Un dialogue à finalité pastorale

Ses réponses font suite aux déclarations du cardinal Pietro Parolin, le 5 novembre, sur l’accord provisoire relatif à la nomination des évêques, signé en 2018.

Selon Vatican News, le secrétaire d’État du Saint-Siège a réaffirmé la volonté de poursuivre le dialogue, reconnu les imperfections de l’accord et exprimé l’intention de continuer à l’améliorer.

L’accord porte sur un aspect précis de la vie ecclésiale : la nomination des évêques. Le Saint-Siège a expliqué que sa finalité est pastorale : permettre aux communautés d’avoir des pasteurs en communion avec le pape et reconnus par les autorités civiles. Son texte demeure confidentiel d’un commun accord entre les parties, comme le rappelle une explication officielle publiée en 2020.

Dans son message de septembre 2018 aux catholiques chinois, le pape François a inscrit cette démarche dans une recherche de réconciliation et d’unité, tout en reconnaissant que l’accord ne pouvait résoudre à lui seul tous les problèmes existants. En octobre 2024, le Saint-Siège et la Chine ont prolongé sa validité de quatre ans.

Le fondateur de ChinaAid reconnaît les nominations épiscopales approuvées par le pape et la réconciliation de certains évêques avec Rome. Sa préoccupation porte sur la manière d’accompagner ces avancées de garanties pour les fidèles.

« Pourtant, la question centrale est de savoir si ces avancées se traduisent par une liberté pour les simples fidèles », souligne-t-il.

Et d’ajouter : « L’accord doit être évalué non seulement à l’aune des nominations, mais aussi de la possibilité, pour les évêques et les fidèles, de pratiquer leur culte sans crainte. »

Écouter les communautés confrontées aux difficultés

Parmi ses préoccupations figurent les communautés habituellement qualifiées de clandestines ou de non officielles, dont les activités religieuses se déroulent en dehors des structures reconnues par l’État.

Selon le président de ChinaAid, les informations recueillies par l’organisation font état de craintes, de pressions pour accepter un contrôle politique et du sentiment que les expériences de ces communautés ne sont pas suffisamment comprises.

« Les fidèles clandestins peuvent subir une surveillance, des amendes, des restrictions au culte et à la formation religieuse, ainsi que des pressions pour rejoindre des organismes reconnus par l’État », explique-t-il.

Sa proposition comprend une écoute qui protège les personnes concernées : « Le Vatican doit écouter directement et confidentiellement ces communautés. »

La relation de ces catholiques avec les autorités civiles ne doit pas être automatiquement assimilée à leur lien avec l’Église. Bob Fu souligne : « Leur résistance ne doit pas être prise pour un rejet du pape : la fidélité à Rome a souvent été une raison pour laquelle ils ont subi des persécutions. »

Le Saint-Siège a expressément reconnu les difficultés de conscience auxquelles certains membres du clergé sont confrontés. Dans ses orientations pastorales de juin 2019 sur l’enregistrement civil du clergé, il a exprimé sa compréhension et son respect pour ceux qui ne pouvaient pas s’enregistrer dans les conditions alors en vigueur.

Le document demandait de ne pas exercer de pressions intimidantes sur les communautés non officielles et invitait les fidèles à accompagner leurs pasteurs, à comprendre la complexité de leurs décisions et à préserver l’unité.

Des garanties pour le ministère et la vie des familles

Interrogé sur les protections nécessaires, Bob Fu énumère des besoins liés au service pastoral : « La liberté de célébrer la messe, d’ordonner des membres du clergé, d’enseigner et de communiquer avec Rome ; la protection contre la détention et la surveillance ; et l’obligation de rendre des comptes, vérifiable de manière indépendante. »

Il cite le cas de Mgr Peter Shao Zhumin, évêque de Wenzhou. Dans un article publié le 7 mars 2025, ChinaAid, citant AsiaNews, a rapporté sa détention après son refus de payer une amende de 200 000 yuans liée à une messe célébrée en décembre 2024.

Cet article concerne cet épisode précis et ne permet pas d’établir sa situation actuelle. Le révérend Fu demande que ce cas fasse l’objet d’une attention particulière dans les démarches diplomatiques.

Il propose également des critères pour apprécier les améliorations : « Des progrès crédibles comprendraient la libération des membres du clergé détenus, la fin de la participation obligatoire aux associations contrôlées par l’État, la reconnaissance de l’autorité pastorale des évêques clandestins, la liberté d’enseignement religieux et de culte, et la fin des sanctions pour les activités religieuses pacifiques. »

« Ces résultats doivent pouvoir être vérifiés de manière indépendante », ajoute-t-il.

Les signalements de ChinaAid doivent être examinés en tenant compte de leur date et des documents qui les étayent. Le président de l’organisation précise que le chiffre d’au moins dix évêques et prêtres catholiques emprisonnés ou portés disparus, publié par son organisation en mai 2025, ne doit pas être présenté comme un total actuel vérifié sans une actualisation au cas par cas. L’existence de restrictions après 2018 ne démontre pas, à elle seule, qu’elles ont été causées par l’accord.

Une foi enracinée dans la culture chinoise et en communion avec Rome

Le pasteur protestant distingue l’expression du christianisme au sein de la culture chinoise des exigences de subordination politique.

« Une expression culturelle authentiquement chinoise du christianisme est légitime », affirme-t-il. Son inquiétude concerne les situations dans lesquelles l’idéologie politique détermine qui peut prêcher, comment les communautés sont gouvernées ou quel culte est autorisé.

Dans son message du 5 novembre au colloque sur les premiers évêques chinois, Léon XIV a rappelé l’importance, pour l’Église, d’épouser les caractéristiques des peuples auxquels elle annonce l’Évangile, tout en soulignant la communion des évêques avec le successeur de Pierre.

Dans son intervention publiée par Fides, le cardinal Parolin a exprimé la volonté du Saint-Siège d’accompagner et de soutenir les catholiques chinois.

Des histoires qui parlent aussi d’espérance

Le révérend Fu discerne des signes de persévérance parmi les personnes déplacées en raison de leur foi. Il évoque la communauté chrétienne connue sous le nom de Mayflower, dont les membres ont séjourné en Corée du Sud et en Thaïlande avant que 64 d’entre eux trouvent refuge au Texas en 2023.

« Ces familles nous rappellent que la foi chrétienne ne peut, en définitive, être éteinte par le contrôle politique », dit-il.

Son témoignage s’achève sur une conviction qui dépasse les différences confessionnelles : « Catholiques et protestants diffèrent sur le plan théologique, mais tous méritent la liberté de pratiquer leur culte selon leur conscience. »

Les citations de Bob Fu ont été traduites de l’anglais par Press Crux.

Le révérend Bob Fu, pasteur protestant, fondateur et président de ChinaAid, une organisation consacrée à la défense de la liberté religieuse en Chine. Photo : avec l’aimable autorisation de Bob Fu.

Entrée d’une église chrétienne avec une croix sur la porte et un panneau en chinois indiquant : « La participation des mineurs aux activités religieuses n’est pas autorisée. » Photo : Jason Hu / Unsplash.

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