« Sans famille, il n’y a pas d’avenir » : protéger les enfants et agir avant les organisations criminelles

Le cardinal Felipe Arizmendi appelle à renforcer les familles. Deux analyses publiées par l’Observatoire de la Conférence de l’épiscopat mexicain élargissent la réflexion : quel soutien reçoivent ceux qui souhaitent avoir des enfants et de quoi les plus jeunes ont-ils besoin pour grandir en sécurité au sein de leurs communautés ?

ÉGLISE AU MEXIQUE

Ana Paula Morales (Poli)

11/3/20267 min temps de lecture

group of person eating indoors
group of person eating indoors

L’écoute au sein du foyer aide les enfants et les adolescents à développer la confiance nécessaire pour parler de leurs préoccupations et demander de l’aide. Image d’illustration. Photo : National Cancer Institute / Unsplash.

MEXICO — Lorsqu’un adolescent manque plusieurs jours de classe, un appel de son enseignante peut constituer la première occasion de découvrir ce qui se passe. S’il reçoit sur Internet une offre d’emploi qui lui paraît suspecte, le plus difficile sera peut-être de décider à qui en parler. À cet instant, l’essentiel est qu’il puisse penser à quelqu’un qui l’écoutera calmement et prendra ses préoccupations au sérieux.

Cette confiance se construit bien avant qu’une crise ne survienne, à travers les conversations du quotidien, y compris celles qui commencent par un simple « Comment s’est passée ta journée ? » et qui demandent parfois du temps avant de recevoir une véritable réponse.

« Sans famille, il n’y a pas d’avenir », affirme le cardinal Felipe Arizmendi Esquivel, évêque émérite de San Cristóbal de Las Casas, dans sa réflexion hebdomadaire diffusée aux médias et communiquée par écrit à Press Crux.

Évoquant la baisse de la natalité, il souligne : « Il ne s’agit pas seulement d’une réalité morale, mais aussi d’une réalité sociale et économique. » Ses conséquences, précise-t-il, touchent notamment le monde du travail et la pérennité des systèmes de retraite.

Son appel à prendre soin des familles soulève également une question plus large pour la société : quel soutien est offert à ceux qui souhaitent fonder un foyer et à ceux qui élèvent déjà leurs enfants ?

Le cardinal Arizmendi revient sur la catéchèse du 21 octobre 2026, au cours de laquelle le pape Léon XIV a rappelé que le mariage repose sur le don mutuel des époux. La fécondité de cet amour s’exprime dans la transmission de la vie et dans l’éducation des enfants. Le cardinal encourage les jeunes à fonder une famille « selon leur conscience chrétienne et leurs possibilités ».

Pour ceux qui sont déjà parents, cette vocation se renouvelle souvent dans les petits gestes : prendre le temps d’écouter, partager la fatigue de l’éducation des enfants et retrouver le courage de reprendre le dialogue après une dispute. Catéchèse du pape Léon XIV.

La famille, première école d’humanité et Église domestique

Avant même de comprendre ce que signifie la solidarité, un enfant peut en faire l’expérience dans sa propre maison. Il la découvre lorsqu’un membre de sa famille met de côté une assiette pour une voisine malade ou lorsque les frères et sœurs font une place à table pour un visiteur.

Il apprend aussi quelque chose de la justice lorsqu’un adulte reconnaît l’avoir grondé sans l’avoir écouté et lui demande pardon. Ces expériences peuvent ensuite l’accompagner à l’école ou sur un terrain de sport, lorsqu’il doit décider s’il accueille un camarade habituellement laissé à l’écart.

Dans son exhortation apostolique Familiaris Consortio, saint Jean-Paul II décrit la famille comme la « cellule première et vitale de la société ». Cette expression prend tout son sens dans les premières relations humaines, là où nous découvrons que d’autres personnes comptent sur nous et que nous pouvons, nous aussi, compter sur elles.

La constitution pastorale Gaudium et Spes présente la famille comme une « école d’enrichissement humain » et demande aux pouvoirs publics de la protéger et de la soutenir.

Ce qu’une famille peut offrir à ses enfants dépend également de ses conditions de vie et du soutien qu’elle trouve autour d’elle.

Pour les chrétiens, le foyer est aussi une Église domestique. La constitution dogmatique Lumen Gentium enseigne que les parents sont pour leurs enfants « les premiers hérauts de la foi, par la parole et par l’exemple ».

Pensons à cette grand-mère qui apprend à ses petits-enfants à prier pour quelqu’un qui souffre et qui, le lendemain, va lui rendre visite. Ou à ce père qui bénit le repas familial et se souvient de ceux qui n’ont rien à manger.

Un enfant peut oublier les paroles exactes d’une prière, mais se souvenir, des années plus tard, qu’à la maison on lui a appris à présenter à Dieu le nom de celui qui souffrait et à se demander comment lui venir en aide.

Dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia, le pape François inscrit cette responsabilité dans la réalité de la vie quotidienne.

L’absence d’un logement convenable peut conduire un couple à reporter son projet familial. Les longues journées de travail et les déplacements peuvent ne laisser que quelques minutes aux parents pour se retrouver à la fin de la journée.

Pensons à cette mère qui rentre lorsque ses enfants sont déjà endormis ou à ces grands-parents qui participent quotidiennement à leur éducation pendant que les parents travaillent.

Une politique favorable aux familles peut aussi se mesurer à quelque chose de très concret : le temps qu’elle leur permet de retrouver pour être ensemble.

Dans sa contribution à l’Observatoire n° 174 de la Conférence de l’épiscopat mexicain, María Cristina Rodríguez García, du CISAV, analyse le débat sur la baisse de la fécondité à Mexico et pose une question qui donne une autre dimension à l’appel du cardinal Arizmendi :

« Est-ce le désir d’avoir des enfants qui s’affaiblit, ou la confiance dans la possibilité de les élever convenablement ? »

Les échanges qu’elle étudie font apparaître la précarité économique, l’incertitude face à l’avenir et les transformations des relations de couple.

Cette question prend tout son sens lorsqu’on pense à ceux qui souhaitent réellement avoir des enfants, mais qui se demandent s’ils pourront payer un logement, trouver une solution de garde pendant leurs heures de travail ou disposer du temps nécessaire pour les voir grandir.

Agir avant les organisations criminelles

Au Mexique, un éditorial intitulé « Agir avant le crime », publié le 25 octobre par Desde la Fe, illustre pourquoi le soutien aux familles constitue également un enjeu de sécurité pour les enfants.

S’appuyant sur une publication du Programme de sécurité citoyenne de l’Université ibéro-américaine, l’éditorial avertit que les organisations criminelles peuvent recruter des mineurs au moyen de fausses offres d’emploi, de menaces ou de relations fondées sur la confiance. Elles exploitent également leur besoin d’appartenance et de reconnaissance.

Le risque concerne même les enfants scolarisés dont les parents sont présents et attentifs.

Le recrutement constitue l’une des menaces auxquelles les mineurs sont confrontés. Dans sa contribution au même Observatoire, José Miguel Ángeles de León examine une autre forme de violence à travers les attaques armées qui ont touché des enfants et des adolescents dans l’État de Guanajuato.

La violence transforme également la vie de ceux qui perdent un proche, assistent à une agression ou commencent à redouter le trajet vers l’école.

Lorsqu’une famille décide que ses enfants ne peuvent plus sortir jouer devant la maison, cette mesure peut les protéger d’un danger immédiat, mais elle les prive aussi d’un espace pour nouer des amitiés, vivre avec les autres et acquérir progressivement leur autonomie.

Face à ces risques, une question posée par le pape François mérite de nous accompagner :

« Essayons-nous de comprendre “où” en sont réellement les enfants sur leur chemin ? »

Dans Amoris Laetitia, le Saint-Père invite les parents à s’intéresser à ce que leurs enfants regardent sur les écrans, aux personnes avec lesquelles ils passent du temps et aux projets qu’ils commencent à faire leurs. Il avertit également que « l’obsession n’éduque pas ».

Cette proximité peut se cultiver à travers des questions simples : qu’aiment-ils dans un jeu en ligne ? Qu’est-ce qui les inquiète chez un ami ? Comment imaginent-ils leur avenir ?

Lorsque quelque chose leur fait peur, il est essentiel qu’ils sachent que nous sommes prêts à les écouter, même lorsqu’ils ne trouvent pas encore les mots pour expliquer ce qu’ils vivent.

La prévention suppose également qu’une réponse soit apportée lorsqu’une famille demande de l’aide.

Desde la Fe souligne les responsabilités partagées des établissements scolaires, des autorités, des communautés et des plateformes numériques. Les jeunes déjà recrutés ont besoin de protection et d’accompagnement pour sortir de ces réseaux et reconstruire leurs projets de vie.

Pour une famille ayant vécu une agression, retrouver la confiance peut commencer par quelque chose d’aussi concret que la possibilité pour un enfant de retourner à l’école et d’y rencontrer une personne capable de l’écouter.

L’analyse du CISAV appelle à rendre les soins psychologiques accessibles, à garantir la continuité scolaire, à protéger les familles menacées et à réhabiliter les espaces communautaires.

Une paroisse peut offrir une écoute, un accompagnement spirituel et des activités sûres, en coordination avec les services spécialisés.

Il appartient, quant à lui, aux pouvoirs publics de garantir la protection des personnes, d’enquêter sur les crimes et de rendre justice.

Dans son encyclique Fratelli Tutti, le pape François rappelle que la famille est le premier lieu où l’on apprend la fraternité et propose une compréhension concrète du service : « Servir signifie prendre soin des plus fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple. »

Cet enseignement concerne également ceux qui n’ont pas d’enfants.

Il peut être vécu par une voisine qui accompagne une mère élevant seule ses enfants, par une catéchiste attentive à un jeune laissé à l’écart ou par un enseignant qui continue de prendre des nouvelles d’un élève après que sa famille lui a confié une difficulté.

« Prenons soin de nos familles », écrit le cardinal Arizmendi.

Peut-être cela signifie-t-il aujourd’hui rester un peu plus longtemps autour de la table, reprendre une conversation interrompue ou appeler la famille de cet enfant que nous n’avons pas vu depuis plusieurs jours.

Et si un fils, une fille, un petit-enfant ou un élève nous dit : « J’ai quelque chose à te raconter », nous pouvons commencer par lui faire une place à nos côtés et lui laisser tout le temps nécessaire pour parler.

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