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« Notre seule arme, c’est l’amour » : l’Église de France appelle à écouter les jeunes et à mettre fin aux violences
Alors que les revendications concernant l’éducation, le logement et le pouvoir d’achat continuent d’alimenter la mobilisation malgré les mesures annoncées par le gouvernement, des responsables religieux, à Paris, Lyon, Agen et au Havre, appellent au dialogue, à des réponses politiques concrètes et à la solidarité avec les victimes des violences.
ÉGLISE EN FRANCE
Ana Paula Morales (Poli)
10/29/20266 min temps de lecture


Manifestations aux abords de la porte Saint-Denis, à Paris, le 17 octobre 2026, dans le cadre du mouvement de contestation sociale qui traverse la France. Photographie : Jules* / Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0.
FRANCE — Écouter les inquiétudes des jeunes, prendre en compte leurs revendications légitimes et mettre fin aux violences. Tel est le message porté par plusieurs responsables de l’Église catholique en France face aux mobilisations étudiantes et sociales du mois d’octobre. Alors que les organisations à l’origine du mouvement maintiennent leurs appels à manifester malgré les mesures gouvernementales destinées à répondre à la crise de l’éducation, les évêques invitent à distinguer les aspirations à davantage de justice des violences qui ont émaillé certains rassemblements.
« Notre seule arme, c’est l’amour qui se donne » : tel est le titre de la lettre publiée le 22 octobre par les responsables de la pastorale des jeunes de la Conférence des évêques de France. Signée par Mgr Jean-Philippe Nault, évêque référent pour cette pastorale, et le père Christophe Danset, délégué national, elle reconnaît que les protestations traduisent une profonde inquiétude face à l’avenir et une quête de sens. Les deux responsables déplorent néanmoins les pillages, les dégradations et les affrontements qui ont accompagné certaines manifestations.
Quelles sont les revendications des jeunes ?
Le mouvement s’articule autour de revendications concrètes concernant les conditions d’études et les perspectives d’autonomie des jeunes. Selon une dépêche de l’AFP publiée par TV5MONDE, les lycéens réclament une réforme en profondeur, voire la suppression, de Parcoursup, la plateforme nationale d’admission dans l’enseignement supérieur. Ils demandent également un aménagement des emplois du temps, le remplacement des enseignants absents, des classes moins chargées ainsi que la rénovation des établissements scolaires, notamment pour mieux faire face aux fortes chaleurs.
Dans l’enseignement supérieur, les étudiants réclament davantage de places dans les établissements publics, une réforme du système de bourses, une augmentation de 200 euros par mois de ces aides ainsi que la réhabilitation des résidences universitaires vétustes. Selon l’AFP, ces demandes s’inscrivent dans un mécontentement social plus large concernant les salaires, le coût de l’alimentation, de l’énergie et du logement, ainsi que l’état des services publics. Les organisations syndicales réclament elles aussi une amélioration du pouvoir d’achat et davantage de justice fiscale et sociale.
Le 26 octobre, le gouvernement a présenté une série de mesures comprenant une évolution de Parcoursup dès 2027, avant son remplacement envisagé en 2028, sous réserve d’une modification législative. Selon l’AFP, dans une autre dépêche relayée par TV5MONDE, l’exécutif a également annoncé la création de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, une revalorisation des bourses indexée sur l’inflation et un plan de rénovation des établissements scolaires doté de 5 milliards d’euros, principalement sous la forme de prêts à taux préférentiels accordés aux collectivités territoriales.
Les mesures prévoient également de limiter progressivement les effectifs des classes de seconde à 28 élèves, en commençant par les établissements les plus défavorisés. Ces annonces n’ont toutefois pas suffi à convaincre les organisations lycéennes et étudiantes, qui ont appelé à poursuivre la mobilisation, selon l’agence de presse.
La contestation a déjà largement dépassé le cadre de l’éducation. D’après Reuters, dans une dépêche du 25 octobre, le ministère de l’Intérieur a recensé 410 000 manifestants lors des rassemblements du samedi 24 octobre. Si le dispositif policier a permis de limiter les débordements par rapport au week-end précédent, des affrontements ont néanmoins eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Paris et à Marseille. Différentes organisations ont annoncé de nouvelles manifestations pour le 31 octobre ainsi qu’une grève nationale le 5 novembre.
L’Église distingue les revendications légitimes des pillages
La présidence de la Conférence des évêques de France s’est exprimée dans un communiqué publié le 19 octobre, signé par le cardinal Jean-Marc Aveline et les deux vice-présidents, Mgr Vincent Jordy et Mgr Benoît Bertrand. Les responsables de l’épiscopat ont exprimé leur solidarité avec les personnes blessées et les commerçants touchés par les violences, condamné les agressions et demandé que les revendications légitimes soient entendues et prises en compte dans un esprit de dialogue et de justice.
À Paris, l’archevêque Laurent Ulrich a mis en garde contre l’une des conséquences des débordements : la violence finit par rendre invisibles et inaudibles les préoccupations légitimes des manifestants, en particulier celles des jeunes qui cherchent à trouver leur place dans la vie adulte. Dans son message du 19 octobre, il a évoqué les blessés, les commerçants ayant subi des dégradations, les journalistes agressés et les familles qui ont eu peur de sortir de chez elles. Il a appelé les catholiques à s’engager, à apporter du réconfort et à œuvrer pour une meilleure compréhension mutuelle.
À Lyon, les tensions ont même conduit au report d’une initiative interreligieuse en faveur de la paix. Mgr Olivier de Germay a indiqué que la préfecture avait demandé le report d’une marche organisée avec des musulmans, des juifs et des chrétiens d’autres confessions, en raison des violences. Dans les communiqués publiés par le diocèse, l’archevêque a reconnu la réalité du malaise social, tout en soulignant que les affrontements et les pillages ne faisaient qu’aggraver les injustices et les divisions. Il a également exprimé sa solidarité avec ceux qui souhaitaient manifester pacifiquement.
À Agen, Mgr Alexandre de Bucy a reconnu les revendications liées à la vie chère et à la nécessité de renforcer les moyens consacrés à l’éducation. « Casser, piller, se laisser emporter par la violence ne mène à rien, ne construit rien », a-t-il affirmé dans son communiqué du 19 octobre. L’évêque a invité les paroisses à prier pour le dialogue, la justice et la paix, et annoncé des célébrations utilisant les prières du Missel romain prévues pour les temps de graves difficultés.
Au Havre, les responsables des différents cultes ont insisté sur la nécessité d’une véritable réponse politique. Leur déclaration, datée du 23 octobre et publiée le lendemain par le diocèse, condamne les violences tout en reconnaissant la profondeur du malaise qui traverse la jeunesse. « Les jeunes de notre société sont-ils écoutés ? », s’interrogent-ils. Ils appellent à une écoute qui ne se limite pas aux paroles, mais se traduise par une véritable reconnaissance et des mesures à la hauteur des attentes, face notamment à une fracture sociale qui rend de plus en plus difficile la possibilité de vivre dignement.
Un appel inspiré par les paroles du pape Léon XIV
La lettre des responsables de la pastorale des jeunes inscrit l’engagement chrétien au cœur de cette situation. Reprenant les enseignements de Léon XIV lors de sa récente rencontre avec les jeunes en France, elle invite à rejeter l’orgueil, la violence et la cupidité, à rechercher la justice, la charité et la douceur, et à s’engager pour ce qui est juste. Comme l’explique Vatican News dans son article consacré au message, les jeunes sont encouragés à agir au nom de leur foi, sans céder au mépris ni à l’oppression.
Les signataires les invitent également à discerner leurs choix dans la prière et la réflexion collective, au sein des aumôneries, des associations et des groupes de jeunes. Ils reconnaissent la légitimité de l’engagement citoyen et de l’expression des opinions dans une société démocratique, tout en encourageant chacun à découvrir la manière dont il peut se mettre au service des autres.
L’appel de l’Église de France relie ainsi la défense de la justice à une exigence concrète : transformer l’inquiétude face à l’avenir en participation citoyenne, en rencontres et en un engagement durable pour la paix.


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